Dimanche 2 décembre 2007

 



Nu, 2008.



Hiver, janvier 2009.




                           



           A la fête du lait au Coteau.




Mouton blanc, 2008.







                         Contre-jouràJeanPuy,septembre2008.



Paysage imaginaire, juillet 2008.






    
                          
                              Bélier céleste 1 , 2005.


Dessinateurs, 2002.




              Personnages à la fleur d'acanthe, 2008.



                                 Rencontre 1,  2005.



L'enfant au coq, 2003

Nu, 2003.

                                Bélier céleste 2, 200

 


Croisement, huile sur toile, 66 x 56 cm, 2008.




 






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Ces trois derniers paysages, très petits ( 26 x 19 cm ) je les ai entièrement imaginés en les voulant  parfaitement vraisembles. Ce qui m'intéressait, c'est de savoir que je n'y arriverais pas, qu'ils ne seraient jamais plausibles et qu'ils garderaient un  caractère mental, foncièrement irréaliste.

 

 

 

Par Pyat
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Samedi 8 décembre 2007

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Photo Martine Jolly

                    
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Chaque automne, je ne raterais pour rien au monde les deux jours de dessin de nus que Miguel Alcala et Mité Bertrand organisent avec rigueur et gentillesse  à Mably ( près de Roanne). 

 
On en sort sonné et endolori comme au sortir de plusieurs tonneaux en voiture ou d' un combat de rue à force d'avoir tant dessiné... perclus de n'avoir rien voulu lâcher de cette beauté qui est là, devant soi.


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Par Pyat
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Mercredi 12 décembre 2007

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Par Pyat
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Samedi 15 décembre 2007



Première page d'un nouveau carnet (petit). Comme j'emploie des techniques qui ne se gomment pas, dès que je regrette un trait et cela arrive très vite, il me faut trouver un moyen de l'occulter, le recouvrir, l'éliminer, d'une façon ou d'une autre; d'où l'aspect final très torturé. Ce ne sont plus des images qui se succèdent mais plutôt un objet global.





Vomir. J'ai dessiné sur une photo de journal représentant la surface d'une planète. Pour moi, ce n'étaient que de beaux gris évoquant un foie malmené.




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Je faisais ces dessins la nuit, autour de 2004, d'après des photos trouvées dans les journaux, pour le plaisir des formes. Leur assemblage, après coup, sur une même page est assez acrobatique... du point de vue du sens, je veux dire. 
Qu'est - ce que cela se met à raconter ?
Que faire de ces carnets qui n'ont pas de thèmes définis ?  


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Par Pyat
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Dimanche 10 février 2008
Philippe Muray, Après l'histoire, Tel Gallimard, 2007.

C'est un recueil de chroniques écrites entre janvier 1998 et février 2000 par feu l'auteur de le XIX ième siècle à travers les âges .

En réagissant à l'actualité de l'époque, il débusque l'inquiétante idéologie qui nous accable, la tyrannie de l'émotion, l'infantilisme moralisateur, cette confiture de bons sentiments qui nappe aujourd'hui toute chose et nous fait perdre le goût de l'ombre et du mystère.

Il s'y penche, entre autres sujets, sur l'art contemporain avec " l'inconvenance de Hegel, la brutalité de Nietzsche (et) la lucidité de Baudelaire" (p.75).

C'est accablant, délectable et très amusant :

"Les défenseurs de l'art contemporain traitent de haut ses détracteurs, un peu à la façon dont, il y a quelques années, on a vu l'"élite" fustiger les masses réticentes, quand il s'agissait de faire voter celles - ci pour Maastricht (...). La même arrogance détrempée de bonne conscience et de dévotion supersticieuse envers un " nouveau"  toujours présenté comme inéluctablement gagnant, se retrouve dans les deux cas : ce qui est reproché au public, c'est de ne pas vouloir comprendre où se place son intérêt. Le plus comique étant que, dans les deux cas aussi, c'est la classe "supérieure" qui est à l'avant - garde, et les masses que l'on traite de réactionnaires. Ici encore (...) l'anarchiste est couronné, l'"anticonformiste" s'exhibe doré sur tranche, les          "déviants" se reconnaissent à ce qu'ils sont institutionnels, l'"exilé du dedans" occupe le haut du panier de crabe. Et c'est lui aussi, ce "rebelle" de profession qui ne cesse d'opprimer le citoyen de base et de lui donner des leçons de savoir - vivre, d'esthétique ou de morale" (p.71).

"Les souteneurs de l'art contemporain mènent une nouvelle guerre de l'opium pour faire accepter comme oeuvres d'art la pacotille que bricolent depuis près de cinquante ans des hommes et des femmes qui ne s'intitulent artistes que par désoeuvrement. Mais toute cette propagande est dirigée vers un public dont la réticence croît (...).
Qui veut la mort de ces malheureux artistes que rien ne parvient à faire sortir de leur misère hormis le plus froid des monstres froids d'aujourd'hui, l'Etat (...)?  Personne. (...).  On désirerait seulement qu'ils cessent de se dire artistes, comme avaient pu l'être Michel - Ange, Degas ou Giotto (...) et qu'ils arrêtent de s'affirmer leurs héritiers ( on connaît le couplet habituel de ces maîtres - chanteurs : "Ceux qui crachent sur mon oeuvre sont les descendants de ceux qui crachaient sur Manet" ).  Pour désigner leur activité dans l'espace Art, on ne saurait trop leur conseiller de trouver des mots nouveaux (...)  On les verrait assez bien s'intilulant agents d'ambiance symbolique, coordinateurs - peinture ou médiateurs plasticiens. Mais la vérité est qu'ils n'entrent en art que comme on entrait en religion jadis :parce qu'on avait aucun espoir d'hériter de quoi que ce soit (...).
Sur le terreau de l'"exclusion"  et du chômage galopant, les artistes prolifèrent; et ils se nourissent en circuit fermé de toute cette misère dont ils sont les parasites" (p. 76-77).
 

Jean Follain, L'épicerie d'enfance, fata morgana, 1986.

Connaissez - vous Jean Follain?   C'est un poète un peu oublié.
Je parle ici  du plus sensuel et le plus concret des écrivains que je connaisse, l'amoureux d'un monde perdu, celui des campagnes et des villages du début du siècle... pas celui - ci, celui d'avant... un témoin des temps où, pour citer Philippe Muray " les mots n'avaient pas encore définitivement triomphé des choses".
 Révérence gardée, je me sens extrêmement proche de son univers tangible et mystérieux.

"Parfois, une fenêtre s'ouvrait, comme une aile, livrant une jeune fille à la chemise aux dentelles flétries, à la peau fraîche et dans sa gloire. Les yeux qu'elle enchâssait dans son visage irrégulier du nez et des lèvres étaient bruns velours comme ces chenilles sur les grandes feuilles du matin.
Dans toutes les maisons éclataient sous des dehors de roses et de fange la beauté des métaux et des fibres" (p. 63). 
 

Stéphane Lojkine, L'Oeil révolté, les Salons de Diderot, Jacqueline Chambon, 2007.

Un bijou d'érudition, de probité et de précision pour comprendre ce qui s'est joué autour du phénomène des Salons de peinture vingt ans avant la révolution française, comment s'y sont  constitués un public, une critique, un jugement, une esthétique et un nouvel espace pictural. Lumineux !

"L'histoire même des Salons est celle de l'émergence dans la société de l'Ancien Régime d'une conscience publique qui, s'exerçant gratuitement pour ainsi dire dans le domaine de l'art, faisait ses gammes" (p. 24).

"L'espace de la peinture classique est un espace idéal, et il affirme son excellence par la perfection géométrique de sa disposition. Or, de même que l'espace du Salon change de sens et, cessant progressivement de représenter la magnificence du prince qui l'ordonne désigne la souveraineté du public qui le juge, de même l'espace de la toile cesse de mimer une idéalité révolue. Le critère pour juger d'une composition ne sera plus dès lors la disposition idéale de ses figures, mais sa manière d'articuler son atemporalité glorieuse de peinture à la temporalité vivante où se trouve le spectateur. 
Le choix pour le peintre du moment de l'histoire à représenter décide de cette articulation" (p.131).

" La peinture n'est plus affaire de composition et de géométrie, mais de scène et de dispositif" ( quatrième de couv.).


Antoine Compagnon, Les antimodernes de Joseph de Maistre à Roland Barthes, bibliothèque des idées, nrf, Editions Gallimard, 2005.

Ce livre traite d'une question qui nous concerne particulièrement, vous et moi : comment être 
" récessif, conservatif ou réactif mais non régressif, conservateur ou réactionnaire" ?  pour reprendre les formules que Roland Barthes s'adressait à lui - même (cf p.434).
 Je n'ai pas trouvé que l'auteur éclaircissait totalement la question; il accumule de fins paradoxes qui laissent insatisfaits malgré leur évidente justesse. Voici quelque citations :
"Le moderne se contente de peu " Paul Valéry ( p.7 ).
"Les antimodernes (...) ne seraient autres que les modernes, les vrais modernes, non - dupes du moderne, déniaisés..."  (p.8).
"Nous tendons à voir les antimodernes comme plus modernes que les modernes et que les avant - gardes historiques : en quelques sortes ultramodernes (...)" (p.9).
" La modernité, depuis Baudelaire, est faite d'antimodernes" (p. 404).
" Sans l'antimoderne, le moderne courrait à sa perte, car les antimodernes sont la liberté des modernes, ou les modernes plus la liberté" (p. 447).
" Modernes dégrisés ou contrariés, et réactionnaires de charme, les antimodernes sont le sel du moderne" (p. 448).

Peut - être aurait - il fallu qu'il approfondisse la distinction entre modernité et avant - gardes.


Jacques Thuillier,
Peut - on parler de peinture " pompier"? ,  Essais et conférences, Collège de France, puf, 1984.

Ce court essai est la retranscription d'une conférence du Collège de France où Jacques Thuilliers sonde l'emploi qui fut fait par le mouvement moderne de la notion de peinture "pompier" et l'opposition radicale qu'il a voulu installer entre " pompiers et " avant - gardistes". On n'y trouvera pas une thèse forte ni des jugements à l'emporte - pièces mais  beaucoup d'érudition, de nuance et de finesse,... et puis, tout de même, quelques propos assez décapants comme celui - ci sur les Impressionnistes :

"(...) les Impressionnistes et beaucoup de leurs successeurs, loin d'être, comme on le soutenait, des esprits révolutionnaires, ont traduit des valeurs rassurantes. La rupture avec la peinture traditionnelle ne peut cacher longtemps l'aspect conservateur, voire réactionnaire, de leur inspiration. L'éloge de la nature, des paysges de la France, de la jeunesse et de la gaieté, le rejet de toute angoisse métaphysique, le refus de rien remettre en cause de la condition humaine (...), n'était - ce pas là des valeurs capables de plaire à la "bourgeoisie", haute ou petite, d'où la plupart tenaient leur origine, à commencer par Manet ou Monet ? L'Impressionnisme, nul ne peut le nier, s'inscrit directement dans la longue tradition de la peinture française qui passe par Boucher et Corot. Son mérite éminent, c'est précisément d'avoir, face aux inquiétudes issues du romantisme, affirmé avec plus de netteté que jamais l'acceptation simple du bonheur quotidien, du plaisir des sens, de la beauté sans cesse renouvelée des heures et des saisons. (...) Or la révolution sociale ne se fait pas à la Grenouillière, ni en écoutant frissonner les peupliers des bords de l'Epte" ( cf p.46-47) .


A propos de ce qu'on a appelé l'"affaire Dreyfus de l'histoire de l'art" Il avance , s'appuyant sur les travaux de Pierre Vaisse que, contrairement à ce qui se dit et s'enseigne partout,  l'Etat français n'aurait pas refusé le legs des chef - d'oeuvres impressionnistes que Caillebotte avait achetés à ses amis peintres, qu'il ne les auraient pas jugés indignes de ses collections, provoquant ainsi leur vente à l'étranger. L'échec de ce legs, dont la valeur à l'époque était déjà considérable,  serait bien plutôt le fait d' héritiers ayant, à dessein, multiplié leurs exigences ( p.50 - 51) .

Et puis, pendant que nous sommes dans les questions d'argent, ce livre ne coûte que 5,5 euros... si! 



La Gazette de l'Hôtel Drouot, en kiosque chaque vendredi 3,40 euros.

Cette revue hebdomadaire est incroyablement intéressante. On y trouve un aperçu de ce que va, dans la semaine,  passer en salles des ventes en France en fait de peinture, de sculpture mais aussi d'arts décoratifs et d'arts appliqués ainsi que ce qui s'est vendu la semaine d'avant et à quel prix. 
S'y côtoient des oeuvres secondaires ( et parfois pire ! ) de grands artistes et des chef  d'oeuvres   d' inconnus. Cette confrontation donne à penser et  envie de ré-écrire l'histoire de l'art de façon un peu moins linéaire et idéologique.
 La plus belle découverte que j'y aie faite cette année : l'oeuvre du peintre Jean Souverbie (1891 -1981 ). Pour moi, c'est du Picasso des années 20, souvent  en  mieux.



Jean Clair, Considérations sur l'état des Beaux - Arts, critique de la modernité, collection NRF essais, Gallimard,1983.

Dans ce livre, que je relis de temps à autres depuis quinze ans, il y a tout, formulé dans une langue magnifique de précision, de clarté et de tranquille élégance.

Deux citations :

"Comme dit Octavio Paz, la tradition de la rupture n'implique pas seulement la négation de la tradition, elle implique la négation de la rupture même...L'hétérodoxie d'une esthétique du nouveau débouche ainsi sur un paradoxe; elle se ravage elle - même (...) c'est Cronos dévorant ses enfants"  ( p. 28-29).

Autrement dit, si tout change tout le temps, alors rien ne change  jamais ! Qui n'a jamais ressenti ce malaise  devant l'art contemporain officiel ?

"L'histoire est le mauvais rêve de l'art"   ( p. 56 ).
qui est une reprise de Gaëan Picon dans  Admirable tremblement du temps.



Jean Clair, Malaise dans les musées, collection café Voltaire, Flammarion, 2007.

A propos du Louvre d'Abou Dhabi et à l'heure où la ministre de la culture, Christine Albanel, semble vouloir remettre en question l'inaliénabilité de certaines des oeuvres constituant le patrimoine artistique national et donc permettre aux musées de les vendre pour faire face à leurs frais de fonctionnement sans que l'état n'ouvre les cordons de sa bourse, Jean Clair publie ce livre qui est celui d'un républicain  sombre et farouche détestant les dérives de l'époque :

"Aujourd'hui (...) ce qu'on appelle "art" n'est plus qu'un idiotisme exprimant les caprices infantiles d'un individu qui croit ne plus rien devoir à personne" ( p. 20 ). 

" Le mot " culte" a gardé son côté terreux, boueux d'agriculture - défrichements, essartages, clairières, les premiers enclos : le culte est une éclaircie dans la forêt sombre des origines. Dans ce monde paysan                " païen" ( de paganus, le paysan), il fallait se réconcilier la bienveillance des dieux . Le mot " culture" est à l'inverse tout entier attaché à l'homme et à l'homme seul : la Renaissance, les découvertes, l'ouverture aux mondes lointains, la géographie, l'astronomie, mais aussi aux temps lointains, l'Antiquité, Athènes, Rome, et Jérusalem. Science et humanisme se sont mêlés ici comme jamais plus depuis. Puis, avec le "culturel" on est encore descendu d'un cran (...).
Le culturel disperse, éparpille, dégrade, disqualifie, il nous fait redescendre dans le nombre avec la pesanteur de plomb du quantitatif" ( pages 34 - 35 ). 


Daniel Boitier à qui j'avais soumis ce dernier passage m' a envoyé ce magnifique petit texte d'Hannah Arendt  en écho; je l'en remercie; le voici :

"La culture concerne les objets et est un phénomène du monde; le loisir concerne les gens et est un phénomène de la vie. Un objet est culturel selon la durée de sa permanence; son caractère durable est l'exact opposé du caractère fonctionnel, qualité qui le fait disparaître à nouveau du monde phénoménal par utilisation et usure (...) La culture se trouve menacée quand tous les objets et choses du monde, produits par le présent et le passé, sont traités comme de pures fonctions du processus vital de la société, comme s'ils n'étaient là que pour satisfaire quelques besoins. (...) Une société de consommateurs n'est aucunement capable de savoir prendre en soucis un monde et des choses qui appartiennent exclusivement à l'espace de l'apparition au monde, parce que son attitude centrale par rapport à tout objet, l'attitude de la consommation, implique la ruine de tout ce à quoi elle touche.(...)
Sans la beauté, c'est - à - dire sans la gloire radieuse par laquelleune immortalité potentielle est rendue manifeste dans le monde humain,toute vie de l'homme serait futile, et nulle grandeur durable".

                                                                          Hannah Arendt, la crise dela culture, 1961, en folio, p.266, 270, 279.

Par Pyat - Publié dans : Communauté
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Mardi 12 février 2008
Claudine Haroche, L'avenir du sensible, les sens et les sentiments en question,
PUF, 2008;

Ce livre établit avec force citations de Bergson, Hume, Janet, Arendt, Adorno et Horkheimer, Gauchet que la vie de l'esprit, les sentiments, les pensées personnelles, la construction de la personnalité des individus suppose une intermittence des sensations.

Il fonde donc ce que tout le monde pressent : le flux ininterrompu de signes  et de stimuli dans lequel baigne l'individu hypermoderne devrait construire un homme autre qui ne ressemblera plus à celui que nous aimons.
Zygmund Bauman l'appelle l''homme des "communautés esthétiques", par opposition à l'homme des communautés éthiques, le citoyen respectueux et l'homme pétri de sentiments.

"Les idéaux de la communauté esthétique, induisant une confusion entre esprit et corps, développant des formes extrêmes de narcissisme (...) définis par le rapport au corps, seraient contraires aux idéaux d'une communauté éthique : celle - là instaurerait des modes d'inclusion et de coupure, une continuité implicite, non symbolisée entre les corps, fabriquerait du corps et de l'apparence, marqués par la sensation, , le manque de durée dans les liens, l'instantanéité, la brièveté des rencontres, la discontinuité. Le déni de la limite dans le festif impliquerait la superficialité des liens, le désengagement, et au - delà, un déclin du sens dans la communauté esthétique, provoquant alors une dispersion, une fragmentation des liens et des individus eux - mêmes, et une distanciation, voire une coupure d'avec la société dans son ensemble" ( p.139).

Pas aussi rébarbatif qu'on pourrait le croire et très éclairant.



Philippe Lazar, Court traité de l'âme, Fayard, 2008

 Après avoir évacué  l' idée d'immortalité qui n'est pas une qualité nécessairement liée à l'âme (  anima : souffle, souffle de vie ) ( p.11)  Philippe Lazar, polytechnicien et épidémiologiste, ancien directeur de l'inserm, co-fondateur du Comité national d'éthique pour les sciences de la vie et de la santé, athée et matérialiste, énonce :
"Je revendique le droit d'appeler âme une entité qui a les quatre propriétés suivantes : elle m'accompagne depuis ma conception, elle constitue l'essence de ce qui m'identifie auprès de mes semblables en tant qu'être humain, elle se sépare de mon corps quand la vie le quitte et elle a la capacité de lui survivre." (p.20-21)
Cette entité, c'est le réseau relationnel qui s'est tissé entre moi et le reste du monde. Il a pris naissance un peu avant la constitution de mon propre corps, c'est bien lui qui fait de moi un être humain auprès des autres et quand les constituants de mon corps se déferont, il continuera à exister un certain temps dans la conscience d'autrui.
" Corps et âme cheminent de conserve avant que la seconde ne finisse par se libérer du premier. Un nom s'impose dès lors pour désigner leur réunion temporaire, le temps d'une vie : celui, bien - sûr, de personne."
(p.25)
"(...) une âme est à bords flous"
"(...) une âme est essentiellement évolutive au cours du temps". (p.41)
L'âme des personnes laissant une oeuvre est évidemment plus durable que celle des personnes ordinaires.

L'auteur tire ensuite les conséquences de cette acception du mot "âme" et dit dans quelle mesure on doit  en reconnaître une aux  animaux et même aux objets inanimés.
Il en déduit aussi une définition de la culture :
" (...) une culture n'est autre qu'une topologie sur l'espace des âmes." (p.70)

J'ai trouvé ce petit livre qui se lit en une heure, rigoureux, délicat et lumineux.
 

Pascal, Claude Lévi - Strauss, Michel Jouvet.


Pascal raillait la peinture dans Les Pensées en soulevant un paradoxe embarassant  :

"Quelle vanité que la peinture qui attire l'admiration par la ressemblance de choses dont on n'admire pas les originaux" ( Les Provinciales).

Voici ce que lui répond implicitement Claude Lévi - Strauss dans Le regard éloigné  :

" (...) mettre la peinture au service de la connaissance et faire de l'émotion esthétique un effet de la coalescence, rendue instantanée par l'oeuvre, des propriétés sensibles des choses et de leurs propriétés intelligibles" (p.337).

Autrement dit, le plaisir qu'on trouve à la peinture réaliste ne serait pas si futile que le pensait Pascal. Elle serait une authentique nourriture pour l'esprit ou plutôt une enzyme pour digérer nos perceptions et consolider notre personnalité. Chaque peintre proposerait un nouveau chemin reliant le particulier des perceptions au général de nos représentations.

Si je l'ai bien compris, c'est aussi la fonction que le neurobiologiste Michel Jouvet reconnait au sommeil paradoxal et au rêve, en alternative aux théories freudiennes. Voir, par exemple, Le sommeil et les rêves.



Jean Clair, Le surréalisme et la démoralisation de l'occident,  le Monde du 21 / 11 / 01

Voici de larges extraits du très troublant, très brillant et très sombre article que Jean Clair avait donné au Monde deux mois après le  11 septembre 2001.
J'ai bien peu de choses à lui reprocher. Peut - être simplement d'avoir, trop à chaud, utilisé l'émotion du moment pour diffuser ses idées ( "l'émotion est un moyen interdit" disait Valéry ), et puis, bien qu'il s'en explique longuement, sous - estimé, chez les surréalistes, la part de la fanfaronnade auto - promotionnelle.

"En ces temps où de grandes expositions (...) célèbrent le surréalisme, il vaut la peine de s'attarder sur le curieux atlas du monde, qu'en 1929 les disciples de Breton avaient publié dans la revue Variétés. (...) chaque pays s'y voyait représenté en fonction de l'importance que le surréalisme lui accordait dans la genèse de ses idées. Deux " corrections " sont frappantes : les Etats - Unis ont disparu, engloutis sous une frontière qui coud  directement le Mexique au Canada. Et un petit pays y couvre un espace démesuré : l'Afghanistan...

Coincidence ? Non. L'idéologie surréaliste n'avait cessé de souhaiter la mort d'une Amérique à ses yeux matérialiste et stérile et le triomphe d'un Orient dépositaire des valeurs de l'esprit.

Extra - lucide comme elle se plaisait à croire qu'elle était, l'intelligentsia française est ainsi allée très tôt et très loin dans la préfiguration de ce qui s'est passé le 11 septembre. L es textes sont là pour souligner, entre 1924 et 1930, cette imagination destructrice. Aragon en 1925 : "Nous ruinerons cette civilisation qui vous est chère.. Monde occidental, tu es condamné à mort (...).  Voyez comme cette terre est sèche et prète pour tous les incendies".  Ne manque pas même à la péroraison sa dimension oraculaire, ou plutôt "pythique" comme aurait dit Breton, si féru d'occultisme :  "Que les trafiquants de drogue se jettent sur nos pays terrifiés. Que l'Amérique au loin croule de ses buildings blancs..." (La Révolution surréaliste, n°4, 1925). 

Le rêve d'Aragon s'est réalisé. Nous y sommes. L'outrance n'était pas seulement verbale. Si l'acte surréaliste le plus simple, comme on le sait, c'était descendre dans la rue et tirer sur le premier venu, cette folie meurtrière n'aurait pas dédaigné, si les appuis politiques lui avaient étés fournis, de s'en prendre à un occident tout entier voué à l'exécration. Le gentil Desnos lui - même  voyait dans l'Asie " la citadelle de tous les espoirs", appelait de ses voeux les barbares capables seuls de marcher sur les traces des "archanges d'Attila". 

La lutte se terminera par la victoire d'un Orient en qui les surréalistes voient " le grand réservoir des forces sauvages", la patrie éternelle des grands destructeurs, des ennemis éternels de l'art, de la culture, ces petites manifestations ridicules des Occidentaux.

Au nom d'un "mysticisme" confus et d'une "fureur" sans frein -  pour reprendre les termes qui reviennent dans leurs écrits -  c'est bien à une attaque en règle contre la logique, contre la raison, contre les Lumières que se livrent, au milieu des années 20, derniers héritiers du romantisme noir, les jeunes surréalistes. Ce qu'ils veulent, c'est la destruction radicale de tout ce qui a donné à l'occident sa suprématie.

(..) Bien - sûr, pareils appels au meurtre furent les lieux communs de toutes les avant - gardes, Marinetti a servi de modèle rhétorique à Mussolini , et le futurisme, en manipulant avec brio les instruments de la propagande de masse, cinéma, mise en scène, décorum, manifestation de rue, devait fournir les clefs d'une esthétisation de la politique qui aurait sur la foule une fascination dont le nazisme saurait tirer parti.(...).

A l'autre bord,  on commence à reconnaître, serait - ce à regret, que (...) les représentants de l'avant - garde soviétique, comme Ossip Brik et les "Kom-Fut" (futuristes - communistes), dans leurs appels à l'élimination des bourgeois, des vieux ( "dont les crânes feront des cendriers" ), des faibles ou encore, comme Maïakovski dans son poème 150 000 000, par l'éloge de  " la bayonnette, du browning et de la bombe " avaient eux aussi préparé les esprits à accepter les massacres de masse commis par la Tchéka et par le Guépéou. 

Les mots sont responsables : il leur est répondu. Les paroles de haine des avant - gardes ont préparé la mort des individus. Feuilletons les écrits surréalistes : le ton ordurier et les injures -  " goujat",  "cuistre", "canaille", "vieille purriture",  "étron intellectuel", "couennefaisandée" -  adressées aux ennemis, aux écrivains bourgeois, aux traîtres, aux renégats (...) ne sont pas différents de ceux qu'on trouvait dans les brûlots des ligues fascistes et qu'on trouvera bientôt adressés aux "chiens enragés" dans les procès de Moscou.  Ils signent une époque (...).

Deux motifs (...) hantent l'imagerie futuriste. L'un est le gratte - ciel et l'autre l'avion. Ils sont présents chez Fillia et Prampoloni comme chez Lissitzky et Malevitch, côte à côte, emblèmes simultanés de la gloire du monde technique.  Les surréalistes sont les premiers à les imaginer l'un contre l'autre, préfigurant ce que les terroristes accompliront.

De fait, les surréalistes eussent - ils été plus cultivés, n'auraient pas mis Freud en exergue, qui les méprisait en retour, ne voyant en eux que de dangereux exaltés, mais Heidegger, le penseur critique de la technique et du recours aux forêts. C'est de ce côté là, du côté encore une fois du romantisme  que se trouvent les sources du "merveilleux" surréaliste et de sa fascination pour l'Orient et ses mille et une nuits.

Il en résulte que la fascination des surréalistes ne s'est jamais éteinte dans le petit milieu de l'intelligentsia parisienne de mai 68 au maoïsme des années 70. De l'admiration de Michel Foucault pour "l'ermite de Neauphle - le - Château"  et pour la révolution iranienne à ... Jean Baudrillard et à son trouble devant les talibans, trois générations d'intellectuels ont été élevés au lait surréaliste. De là notre silence et notre embarras".
Par Pyat
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